Conception des écoles : au-delà des besoins fonctionnels et techniques

Les écoles d’aujourd’hui et de demain sont appelées à composer avec la diversité croissante de leur clientèle, que ce soit au plan de l’origine culturelle, du profil socio-économique ou des capacités d’apprentissage. Comment créer des environnements d’enseignement inclusifs, favorables à l’apprentissage de chaque élève, dans chaque établissement scolaire ?

Concevoir l’école de demain repose sur le défi d’intégrer le tangible à l’intangible, autrement dit, mettre le bâtiment (tangible) au service de l’enseignement (intangible). Relever ce défi implique de reconnaître que l’enseignement est variable selon le milieu et les habiletés scolaires et de miser sur une collaboration école-famille-communauté. Ainsi, les réflexions sur l’apprentissage et l’enseignement doivent faire partie intégrante du processus de réalisation des écoles. Dans cette optique, prendre en compte l’expérience et le savoir des enseignants est bien sûr indispensable. Au final, ces réflexions doivent avoir pour objectif de faire de nos infrastructures scolaires des milieux de vie adaptés, stimulants, innovants et durables.

Le Gouvernement et le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) s’intéressent désormais à l’importance de créer de tels milieux de vie pour les élèves, le « Lab-École » en est un bon exemple. Ce dernier est un organisme sans but lucratif (OSBL) qui vise à concevoir ces environnements de manière collective pour favoriser l’apprentissage. De plus, le MEES est maintenant disposé à faciliter une approche de conception intégrée des écoles orientée sur l’enseignement inclusif.

«La réussite scolaire est devenue un point tournant aujourd’hui et beaucoup de comités y réfléchissent. Il est important de rassembler toutes les idées sur les méthodes d’enseignement, l’aménagement des classes et les solutions de conception. À cet effet, l’un des rôles du MEES est de répertorier les idées et de les faire circuler à travers les 72 commissions scolaires. Le MEES a établi un tableau des idées approuvées sur lesquelles des coûts sont attribués. Les professeurs, enseignants et parents ont un rôle très important à jouer dans l’idéation. Quand on parle de conception intégrée pour des écoles, ce n’est pas juste d’utiliser BIM, les idées doivent cheminer jusqu’au concept. La conception intégrée c’est la meilleure façon de développer ces projets.»

Serge De-Varennesingénieur à la direction expertise et développement des infrastructures du Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES)

Conformément à cette intention, le ministère a modifié ses façons de faire pour favoriser l’idéation des solutions et la création de projets innovants, et ce, pour tous les projets de conception d’écoles. Ainsi, la création d’un tableau d’idéation et l’ajout d’une réserve budgétaire pour recevoir les solutions performantes font désormais partie des nouvelles pratiques. La réserve est prévue au budget sous l’appellation de bonification.

Trois exemples d’école qui intégreront les principes d’innovation du ministère :

  • École domaine Vert-Nord (4 classes maternelles, 24 classes niveau primaire), Mirabel, Commission scolaire Seigneuries des Milles-Iles (principal projet pilote)
  • Nouvelle école primaire et secondaire (4 classes maternelles, 24 classes niveau primaire), Greenfield Park, Commission Marie-Victorin
  • Gymnase de l’École Lestrat de Havre St-Pierre, Commission scolaire Moyenne-Côte-Nord

Contrairement à l’ancienne façon de faire, depuis 2017 le MEES base sa prise de décision non seulement sur des critères fonctionnels et techniques, mais aussi sur des objectifs spécifiques de performance tels que l’efficacité énergétique et le confort des occupants. Pour ce faire, le ministère est en train de développer les spécifications techniques de base pour les projets d’infrastructures. Néanmoins, le ministère fera preuve de flexibilité pour accepter des projets qui vont au-delà de ces exigences.

En parallèle, le MEES a entamé un projet pilote qui s’inscrit dans la Charte du bois avec le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Cette volonté du MEES d’intégrer le bois dans les écoles s’appuie sur les impacts positifs que l’on attribue à la structure de bois, dont la réduction des émissions de gaz à effet de serre et son apport à la biophilie, soit l’affinité innée de l’humain pour les systèmes naturels.

« Il a été démontré que la structure en bois apparente dans les classes peut avoir un impact positif sur les élèves. Une étude effectuée à l’Université de Colombie-Britannique a démontré que le niveau de stress diminuait dans les pièces où des éléments en bois étaient présents, et ce, autant avant, pendant qu’après une activité intellectuelle intense. Une autre étude autrichienne s’est intéressée spécifiquement à la contribution du bois dans les écoles en mesurant le rythme cardiaque et le niveau de stress des élèves [1]. Cette étude est parvenue à des résultats semblables que celle de UBC.»

Caroline Frenette, ingénieure et conseillère technique chez Cecobois et formatrice au CFDD

La collaboration est indispensable quand on pense à introduire du bois et des matériaux innovants dans les constructions. Chacun doit amener son expertise, à savoir quelle combinaison a une valeur ajoutée aux niveaux architectural et structural sur le confort des usagers. Il est indispensable d’avoir un endroit où tout le monde amène ses connaissances pour développer ensemble la meilleure solution, comme le promet le processus de conception intégrée.

Comme il a été mention dans un article paru antérieurement sur le blogue PointCI, le PCI pratiqué actuellement au Québec est très orienté vers les principes de la gestion de projet. Ce PCI est utilisé dans un objectif de respect budgétaire, de coût et d’échéancier plutôt que de générer des idées et d’établir une vision. Le MEES a bel et bien entamé un virage dans sa manière de développer les infrastructures scolaires. Ce virage repose sur l’ouverture et la génération d’idées dans un contexte de processus de conception intégré (PCI). Cette approche tranche avec le PCI actuellement pratiqué au Québec, qui demeure très orienté vers les principes de gestion de projet (respect de budget et d’échéancier) plutôt que vers l’élaboration d’une vision issue de la génération d’idées.

Il n’en tient qu’aux commissions scolaires d’exiger que la réalisation des projets suive un PCI en phase avec ce virage, afin d’intégrer les aspects d’enseignement de manière synergique avec les besoins fonctionnels et de performance du bâtiment. Une bonne intégration des acteurs dans le processus de conception ne peut qu’aboutir à la réussite des projets.

[1] Construire en bois, Volume 8, numéro 1, printemps 2016.

Réflexion additionnelle : Synergie entre enseignement et aménagement intérieur

Un bel exemple de synergie entre l’enseignement inclusif et l’aménagement intérieur des classes est la disposition d’une classe plus petite vitrée à la vue du professeur entre deux classes normales. La classe du milieu permet aux élèves plus avancés d’aller à leur rythme et d’établir une entraide avec les élèves en difficulté. Cette collaboration entre les élèves permet de créer des liens. Cet aménagement des classes, combiné avec une méthode d’enseignement, permet de maintenir l’harmonie dans une classe et d’assurer que tout le monde est sur le même pied d’égalité. Ainsi, le professeur est en mesure d’avancer la matière à une vitesse bonne pour tous. On évite le désintéressement et on permet de rehausser l’apprentissage de tous pour la réussite de l’ensemble du groupe.


Cet article fait partie d’une série de 9 textes rédigés dans le cadre d’un partenariat avec le Centre de Formation en Développement Durable (CFDD) de l’Université Laval. La série se penche principalement sur le PCI et le bâtiment durable.

Passionné par le domaine de la construction, mais plus particulièrement ce qui englobe le développement durable et l’efficacité énergétique par l’apport de méthodes innovantes, je désire contribuer à une amélioration des milieux de vie de la collectivité tout en respectant l’environnement qui nous entoure.

jphilippe.dionne.m.sc@gmail.com

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